Projets
Sieste Verte
Éloge de la sieste
Choisir son coin d'abord, renoncer à l'idée qu'ailleurs l'herbe est plus verte. S'allonger sur le gazon, bien décidé à ne plus lutter. Jouer un peu avec les aspérités, là caser la tête, ici mettre sa jambe, tester le moelleux et s'atteler à oublier le reste. Quand la torpeur enveloppe le corps, ne pas se raidir si jambes ou bras tressautent, accepter le prélude d'un imminent plongeon. Un abandon à soi, aux images qui remontent comme des bulles d'air du fond du lac, en douceur mais sûres d éclore. Les cueillir, jouer avec. Ne réserver à l'extérieur qu'une place de lointaine clameur, toute intrusion pouvant qu'être effraction, un rêve en pointillé se chargera de l'adoucir. Ça y est ! Les ponts sont coupés, un pied de nez à l'impératif culpabilisateur d'être debout. Ne pas oublier le lendemain de recommencer, affirmer qu’à partir de tout de suite, on ne pique plus un roupillon, mais on se l'offre. Dormir enfin sans complexe, en plein jour, en clair, faire sa petite révolution.
Rémi Douat in Regards, été 2003




